Minifeste

L’école des vivants est une école buissonnière.

Elle est créée et portée par des artistes, des militant’es et des scientifiques habités par une conviction : l’époque n’est plus aux demi-teintes. À la grise mine. On nous a assez coupé de ce qu’on peut. Il est temps de battre le capitalisme sur le terrain du désir. De déployer nos sensibilités, de hisser nos couleurs, nos valeurs, nos envies. Qu’elles prennent corps. Il est temps de faire bruisser ce monde qu’on veut voir advenir, d’en faire sentir la poussée végétale, le soleil de liens, les puissances animales qui nous traversent et la vitalité qu’on en tire dans nos rapports au dehors et aux autres.

On ne changera pas cette société sans apprendre, ni explorer ni expérimenter.

Autre chose. Autrement.

Sans créer les conditions de gniaque qui nous donneront la liberté collective de combattre, et de passer progressivement de ces murs qu’on cogne à coups de poings à la fenêtre qu’on y ouvre, à la main. Disons : de la révolte à la volte.

Germer, éclore, fleurir, faner, pourrir, mourir, renaître ? Être en mouvement, tout simplement, en accepter les étapes et les cycles, l’inconfort et les bonheurs conquis. Toute formation, à nos yeux, doit viser une transformation : personnelle et collective.

Lovées dans leur technococon, les chenilles que nous sommes devenues produisent en boucle du fil de soi(e) avec de la fibre optique. À nous d’en faire du fil de faire avec nos tripes — du faire avec, du métissé, du vivre ouvert. De trouver le fil rouge des combats pertinents, le fil à plomb de nos rectitudes éthiques, le fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe du Marché, des inégalités bétonnées et de l’injuste comme condition sociale. Et à nous, avec ces fils, de tisser l’étoffe dont on fera nos maillots d’Arlequin, nos multiformes de zouaves pour notre armée vagabonde.

Ça passe selon nous par une culture qui manque encore. Qu’on doit densifier et enrichir, comme un compost — puis aérer et faire croître, comme un maquis. Telle est la vocation première de notre école.

Cette culture à nourrir, c’est une culture du vivant,

selon la superbe intuition de Morizot, comme on parle d’une culture de la cuisine ou du rock. Elle ne se réduit pas à un corpus de connaissances qu’on enseignerait à une élite. Elle relève même plutôt de pratiques populaires, de jeux collectifs, de trocs de trucs et de transmissions sensorielles. Elle s’alimente d’histoires et de rencontres, de foin fauché et de rituels charbonniers ancrant une mémoire commune, d’anecdotes de pistage et de cueillettes vécues, de fêtes qui font date et d’actes qui comptent.

Créer, tisser, incarner. Les arts, la polytique et l’écologie. Tels sont les trois champs que souhaite ensemencer notre école des vivants. À leur intersection buissonne ce qui justifie notre nom de baptême : le vivant. Un vivant dont il s’agit de prendre soin en nous, hors de nous et à travers nous, sous toutes ses formes et de toutes nos forces.

Apprendre à écrire, à jouer, à filmer, à danser, à peindre le monde sur soi plutôt que soi sur le monde. Apprendre à pister la louve, à habiter en oiseau, à construire un abri, à croire aux fauves. Apprendre à trouver de l’eau, à sculpter l’air avec sa voix, à cultiver la terre, à faire un feu, comme Jack London. Apprendre à mener une action directe, à inventer de nouveaux modes de lutte, à déconstruire nos oppressions, à aider des migrants. Savoir gouverner en vrai partage, devenir intelligent à plusieurs et cuisiner pour tous. Apprendre à l’ouvrir, à la fermer parfois, à écouter sans subir, à s’émanciper des normes. Apprendre à apprendre, sans rien prendre que tu ne puisses redonner.

Comprendre qu’un jour peut-être, la seule croissance que nous supporterons sera celle des arbres et des enfants. Que nous sommes le vivant qui se défend, qui respire, qui conspire… et qui se détend.

Avec cet espoir, au bout d’un atelier intense, d’approcher un peu plus des mondes qu’on veut faire rayonner. Et d’en devenir une abeille sauvage, capable de danser des cartes et de polleniser à son tour, ici et ailleurs, les contre-champs.

 

Au bout coule le miel, et nos amours…

On a hâte de vous rencontrer !